mardi 11 avril 2017


GAËL JOSIANE
PIETQUIN HUBERT



PROIE AUTANT QUE PLUIE*


*Les passages en caractères droits sont de Gaël PIETQUIN, ceux en italique sont de Jo HUBERT





(Prologue)




j’aimais.



l’équipe des bâtons rouges et la course au métal

proie autant que pluie après le choc

flairer fusil sous le bras.












3





J'aimais
désobéir.

à cloche-pied
à morve-nez
jeux abolis

Jacadi.




adi

orphelin de fer par
iguane
détourné.




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dans la pierre

fendue
le langage est crypté

l’hiver pensif a caressé son fil
il a tout faux.




pied de souris: le piège!
neige qu'on enfile par-dessus la neige
statue pour le siècle des siècles



amen.




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Première journée.




Mürnoir

sur les hauteurs,
des pieux et des linottes.

une scie.
un doigt fourré.







l’homme fermentait depuis octobre
dans des jarres, disposées en cercle.
plus ou moins tendre.





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au-delà du doux Mürnoir s’ébroue
l'heure frémit :
incursion de l’anguille

parmi les désaxés.

faire ensemble exception
serait un privilège.






espèce de vieux
solfège … droit au navire :
aboli !

(LA voix)



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1. faire école aux jeunes loups
2. diviser le pain, de l’encre
3. numéroter les indécis


1. l’ange sur les murs
2. indique l’heure à laquelle
3. on se pend

(je touche à sa faim)












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ni la menthe ni
la joie ne voulait prendre
terre comme amant.


l’œil à sa rivale
timidement arraché
de quelle couleur est l’arbre ?




couleur de menthe fraîche
tronc piqueté de vers
que les pies s’arrachent
à tire-l’escargot

le bec aigu
épouse l’agonie.



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il suffisait
d’apprendre à la poupée
tous les synonymes d’ « aiguisoir »












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sont affûtés
rasoirs et cimeterres

sont alignés
l’angle du mur,
l’ivre sans pain et l’assassin.

le bilan risque d’être sourd.






la langue est cuite,
mais le poing déborde
de chatons.





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cet hiver –

nous tuerons l’âne rouge et le bambin
nous pousserons gros les mots les meubles
nous passerons ta bergère aux ciseaux !



là peut-être
baiser.











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dans le verger
les langues blettes
sont écrasées

au barreau les jurés
ont tranché
l’accusé

le juge est renvoyé sine die
dans ses foyers.


ça sent la suie et le suint
sont venus en ombres
les amants déconfits
la bergère nue.






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et puis je sens

l’odeur de mes plus belles jetées
dans l’Eustache

je trie – dos au mur
l’assistant voit cinq têtes glisser




entendez-vous le chant des pommes de terre ?









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cinq épis rouges
au mur des fusillés
passés par les larmes.

redoutable
le chat
a flairé l’émotion
et frôlé la tortue.

en rirons-nous encore demain ?






quand la torture avait des dents
réponse : la salade romaine




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Deuxième journée




7 h.

le soleil est succulent, fraîchement coupé.
la peau cache os et poignards. (je) chie, je
chante dans le trou blanc d’une botte.



je ne sais plus à qui parler
je rage à la montagne
je secoue la chair
je meurs.










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17





Un
livre de
poche
brûlé





Un
orchestre
salué
de
loin



bruit de chaises rouge, pour un village en




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prés et bosquets
tendres campanules
la ferme !

crapules
surgissant
de l’œuf éclos
avant matines

l’église glose.



qui reçoit l’ange sans
capote,
la
gousse d’ail
cru.




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dehors
la lessive à la corde
est en odeur de cruauté.


bêche au fond du jardin
tombe pour deux.















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NON

non et non ! fichtre dieu !
défricheur de têtes !

sors de la maison et file plein sud
comme barré !







maudite
que n’ai-je pas pleuré 
dès la caresse
le brûle-parfum ?




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engloutie à demeure
dans la geôle de chair

le sang s’est figé sur le seuil :
interdit de circulation.

Jacadi.

coudre les os dans la peau
la langue est libre libre
contre coqs et
cageots









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girofle et giroflée
s’émouvaient de la rose

Rose buvait d’un seul tigre
avant carême le sang





nos efforts
nos anonymes
nos
vies – telles



sur le dos difforme du goéland
usé
bourré


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médusée
par les déflagrations du nécessaire
la sève s’éveille à petits jeux.








met le feu dans une flaque de feu
le petit cube dans un plus grand cube
ma langue est dans ta bouche. je suis
la ventriloque de ton désir.






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Monsieur Tête de Liste, j’ai les couilles du réserviste et du rhododendron !

je manipule des gobelets en plastique
(les écrase, les entasse)

sur le lit
les murs : des points de forage
des asticots













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dés-harnachée
du pilori
fins souvenirs.

fumée.

rose l’aubépine
a fermé la nuit.














26
Troisième journée




de
mon.


bol d’encres et de chats
surgit un poème

un
nuage




volets cloués
soleil zébré

l’insecte tord
son profil gris soucis




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Matin
casse-noix
sachet de thé
lait



Matin
mordre l’aine l’écaille
clé,

orange orange. aux pieds
les chaussons
glissent



le sang du lièvre et le pain
gris fumé…



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Qui sauterait dans un fossé
le pied rivé par les orties ?
La ronce a couru sur les pierres
à bon escient
elle a la mémoire vive
du rouge-sang.

sang lié au lait
le tesson aboie
n'en démord sa joie.




minute je paillasse, taillade la nuit
(poisse)
les nuages timides se cherchent des matous,
partout partout.



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coupure
tmèse aux bords dentelés
la langue souffre
d’apnée adolescente.


hoquet chronique





hors-l’oiseau ! noise ! le minet fume sa gauloise
et masque le fumet.






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On aurait déréglé les pendules
désamorcé l’appeau du temps
(les filets pleins de minutes perdues)
et piégé des oiseaux
la patte au fil de l’eau.




le temps long
qui tenait un cerf qui volait
un œuf à papillons.



la voix du Père
fait pattes d’écureuil
sur l’épaule d’un arbre .




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Aux méandres de mon cerveau
je retiens malgré les étaux
de minuscules chevauchées
à pieds nus parmi les roseaux
sur mes sentiers imaginaires
d’enfant malade.
















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petit Dieu se branle dans un sachet
d’algues


la terre est chaude avec le doigt vite
reprends la tige et dessine un cochon un arbre
bleu attentat.




L’église
au milieu du sillage
a sailli







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lapidation / première

le soleil avait percé la main la maison-laine

un dimanche en forêt








démancher la promise
la recoudre à vif
énerver un nid de frelons
lire à l’envers des matricules
dénuder le ventre
en ôter le cœur



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l’épaule frêle
n’a plus de lit
où se tourner

se meurtrit
aux cailloux

le chêne.





la bête. bien
appuyer







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l’ogre a sévi
entre glas et tocsin

le village a vomi dès l’aube
les fusils
ont la mort aux dents.
















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les oies
malades sont plongées
dans le noir

manger tout le gras
l’œil.





n’ayez crainte
dit l’ogre


dans
le jus de sa
mère, l’enfant.




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Baptême d’orage
blasphème au niveau des tranchées
quand le cœur n’y est pas

l’insecte chauve s’en régale






S’il est ici question d’élytres
le sommeil ne suffira plus
ni l’abondance

le zézaiement
semble de bon augure
a priori

les myrtilles et les mauviettes : à la poubelle !

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l’agent violet
s’embuait
perpétrant
- salive -
son parfum.

la dent de lait
le dandelion
et l’épine-vinette ici, vinaigrette ! (c’est le nom de ma chienne)
la différence.









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poèmes avortés
un mot en vaut mille
dans le panier percé
du pêcheur
à la ligne
point.


décapitée
la langue
cent flammes.











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mordicus, merde
dans la fiole dingue des mots
le ventre, c’est mille
et un pavés
attention !
à la ligne
point
Bételgeuse
dégueulis
sur l’envers rose du tapis


kjunlkhObkadh
by
HALAI






41





de l'insecte
les mandibules
au petit jour
ont dépéri

et voilà qu'à nouveau je saigne !

étêté le cou
se fait léger
nous n'irons plus
au bois. na

la main verte d’étoiles.
la plaine.




























































illustration : Robert VARLEZ