vendredi 7 août 2015

LESSIVE




A la radio
dans le lointain
le son égrotant d'un tango
argentin agonisant.

Abandonnée au bandonéon
badigeonnée
au bleu de Méthylène
j'aurais voulu être une femme
et non cette enfant déflorée
fourrée dans la lessiveuse
avec la poudre optique
qui ôte jusqu'aux taches
les plus tenaces.

J'avais envie
d'une glace panachée vanille-pistache
c'était une consolation
d'y penser
tandis que j'étais lessivée.


JoH Août 2015

CHEZ TANTE ALICE




Tante Alice a les dents qui saignent
elle les brosse dans l'évier
de la cuisine.

Mon cousin Bernard
est mort à quinze ans
les dos ouvert sur les rochers
du bas-côté de la route
le long de l'Ourthe.

Chez Tante Alice
le grille-pain
sent si mauvais
que je cours me blottir
dans l'escalier
à mi-chemin entre le sol
et le palier.

A mes côtés
une ombre claire.

JoH Août 2015






HIRONDELLES



Là-haut nichaient
des oiseaux
je crois bien que c'étaient
des hirondelles
têtes penchées
agiles
regards en coin

Sur l'escarpolette
de fortune
cordes nouées
tête penchée moi aussi
j'ai la nausée
j'ai vomi.



JoH août 2015

samedi 13 juin 2015

Crédule

Tu as cru
à l'échancrure de l'aube
plaie ouverte du petit matin
vers la droite du quai
en attendant le train.

Tu as cru
au soleil aiguisé
à sa brûlure méridienne
à la cicatrice rouge
qu'il laisserait sous ta paupière.

Tu as cru
à l'hématome violet
marquant le dernier round
de ton combat
du jour.

Le ciel renie ses promesses :
la pluie a zébré les carreaux.

Crapule !


JoH juin 2015



samedi 17 janvier 2015

CHRONIQUES DE LA CAROTIDE OUVERTE 2

Dans le lit voisin
elle souffre
Toute la nuit
elle gémit
elle prie

elle dit
Je veux mourir

je compatis.

Mais une voix
du tréfonds de ma fatigue
lui crie en silence
Crève !

06.12.2014



Vieille peau ridée
chairs flétries
yeux – chasse yeux -
traits brouillés sans expression
docilité patente.

Sourire édenté béat
elle obtempère
si on lui dit de se laver
elle se lave.

Si on lui dit d'avaler
les pilules
elle déglutit audiblement
aimablement.
Mais un comprimé à la fois
tombe à côté de sa bouche
dans le tiroir juste au-dessous.
Quand elle a fini
elle fait Aaaaahhhh !
C'est par l'Aaaaahhhh !
qu'on trompe son monde.

La nuit venue
elle ne dort pas.
Une main recouvre son sexe
elle se fait du bien, ah !
pour tout le mal qu'on lui a fait
dans la journée
piqûres
torsions
examens invasifs et incursifs
de routine
au dire de ceux qui les infligent.

C'est une vieille inoffensive
immobile quand on la regarde.

C'est un chaudron de pure colère
qui fait bouillir son corps brisé
qui la fait se hisser et ramper
entre deux rondes d'infirmières
vers la sortie
vers l'air
vers l'hiver
vers le risque accepté
vers la délivrance espérée.

08.12.2014



Tu devrais voir :
le plafond blanc et une grosse mouche noire qui s'en envole
pour se poser contre la vitre
et bourdonner.

Ça, c'est dans la chambre.

Dans le couloir des infirmières
ça bourdonne aussi.

Le discours de la mouche est plus simple à comprendre.


16.12.2014




L'Omerta
c'est ici.

Les oligarques diplômés
ont l'exclusivité
de la parole.

Les autres
les sous-fifres
affichent des airs entendus.

Ils exécutent.

Si ça suffit à faire leur bonheur...


16.12.2014





Parfois
elles consentent à parler d'elles :
quelques mots de leur quotidien
la vie dure
la vocation qu'elles ont perdue

restent fatigue et amertume.
Ça sonne juste.

Dès qu'il d'agit
d'aborder le sujet
de leurs patients et de leurs maux
ça sonne faux.

Cloche fêlée
corne de brume.


16.12.2014







mercredi 3 décembre 2014

CHRONIQUE DE LA CAROTIDE OUVERTE

Je serai
entre la vie et la mort
j'aurai fait
ma grille de pronostics en secret
j'aurai écrit au Père Noël
mes souhaits

Je partirai le coeur tranquille
je ne tiendrai plus qu'à un fil
et des dizaines de tuyaux

des machines qui ronronneront
et plein de bips assourdissants
signalant que je prends le large
un moment.

26.11.2014



Subir douleur et désarroi
comme autrefois
laisser planer mon rêve
qui leur échappe

le fil des nues
qui leur échappera toujours
et qui libre (ex)iste

bien au-delà de leurs filets
et de leur compréhension.

28.11.2014



Le geyser jailli de ma gorge
rouge coulée
le nappage
tout chaud de ma vie
souplement répandu sur mes seins

même pas peur
tu vois

les médecins s'affairent
autour de moi
et moi je ris
de l'intérieur :

cet affolement-là
ne me regarde pas.

29.11.2014




vendredi 21 novembre 2014

Les lits des autres

Je n'ai jamais si bien dormi
que dans le lit des autres
(leur présence étant accessoire).

Le lit des autres sent le foin
la lavande et le romarin
malgré les taches de dégueulis
sur le tapis.


Le lit des autres sent
le désordre des sens.
Des rêves dorment sous l'oreiller
il suffit d'y penser.

Je n'ai jamais si bien dormi
que dans les lits
dont l'histoire n'est pas la mienne.


JoH

28 septembre 2014