jeudi 21 août 2008

Un poème impromptu.

RENDEZ-VOUS.

La mort est venue me surprendre

au saut du lit

un beau matin d’été.

Par la fenêtre de ma chambre,

je voyais les prés tout illuminés,

c’était une sacrée belle journée !

Pour une fois que je me sentais reposée,

le cœur léger, j’ai décidé de me lever,

de bien profiter de la matinée ensoleillée.

La mort est venue me cueillir,

m’a coupé l’herbe sous le pied,

pour ainsi dire.

J’étais prête à rebondir,

en dépit du poids des années.

La mort est venue me cueillir.

Elle m’a fauchée.

jeudi 31 juillet 2008

FLOREFFE ET APRES...


Le stage de Floreffe s'est déroulé comme un lé de velours, malgré le temps maussade, la température extérieure en berne et les quelques difficultés à trouver le temps de faire tout ce qui était prévu... y compris notre exposition, qui était riche en talents et en diversité. Pas beaucoup de visiteurs extérieurs au groupe, ce qui n'a pas empêché les soirées d'être très joyeuses, captivantes, passionnantes, tour à tour et tout à la fois, avec les lectures, les contes, les fables de Pietje Schramouille...

L'écriture a jailli au milieu du groupe et a circulé à travers les deux salles où avaient lieu les échanges de textes, les lectures, les affichages...

Je n'ai guère eu le temps de prendre des photos. En voici néanmoins quelques-unes :




L'année prochaine (nous y pensons déjà), nous envisageons deux stages consécutifs, à partir du 18 juillet. Qu'on se le dise !


mercredi 2 juillet 2008

Encore une disparition...

Marguerite a décidé qu'il était temps pour elle de partir. Elle vivait dans une "maison de repos et de soins", qui est l'appellation désormais politiquement correcte de ce qu'on appelle aussi un "home", et qui était connu autrefois sous le nom d'"hospice" (ou, en wallon liégeois "mohonne des vihès djins"/"maison des vieux").

Elle avait 87 ans. C'est un grand âge. Elle était lasse de vivre, coupée du monde, de ses soeurs, ayant perdu plusieurs membres de sa nombreuse fratrie. J'allais lui faire la lecture, toutes les deux semaines, depuis plus d'un an. Je lui ai lu "L'année du jardinier" de Karel Capek (c'était son préféré), des courtes nouvelles de divers auteurs (celles des fascicules qu'on distribue à l'occasion de la "Fureur de lire") et, tout dernièrement, nous venions de terminer "L'enfant et la rivière" d'Henri Bosco. Elle trouvait que "les choses étaient bien dites".

Lors de mes deux dernières visites, elle était trop fatiguée pour entendre des lectures. Je me suis contentée d'échanger quelques mots avec elle. Elle m'a dit : "Je pense souvent à mes parents. Quand on est petit, ils sont là pour nous consoler, mais, aujourd'hui, il n'y a plus personne." Elle n'avait pas peur de dire les choses comme elle les ressentait. Elle avait bien des côtés attachants, des petites phrases touchantes, qui venaient vous émouvoir au milieu des conversations les plus banales.

Je me souviendrai d'elle aussi longtemps que je le pourrai. Ce sera ma manière de lui rendre hommage.

mardi 20 mai 2008

UN PETIT RAPPEL.



En juillet, j'animerai, en compagnie de Jean-Marc RIQUIER, un stage d'écriture à l'Abbaye de Floreffe.Voici quelques informations. N'hésitez pas à prendre contact avec moi pour recevoir le dépliant complet.


ATELIER

D’ ECRITURE

(résidentiel ou non)

Deux animateurs : une femme, un homme, auteurs, engagés depuis longtemps dans l’animation d’ateliers d’écriture.

Situations inductrices, dispositifs d’accompagnement, écriture individuelle et/ou collective, prose et/ou poésie… Un moment stimulant et récréatif dans un cadre magnifique.



Dates : 18-19-20-21 juillet 2008

(du 18 juillet 16h au 21 juillet 16h)

Lieu : Abbaye de Floreffe (près de Namur), Belgique.

Informations données sur la base d’un groupe de 12 personnes minimum.

Hébergement en chambres individuelles, lit une personne, bureau, armoire, lavabo : apporter draps ou sac de couchage + oreiller - voyage à la charge des participants.



TARIFS DU STAGE.

Atelier-chambre-trois repas sauf boissons :

Coût par personne pour les quatre jours: 190 €.

Inscriptions groupées:

2 personnes : 180€ /pers.

À partir de 3 personnes : 160€ /pers.


« L'Écrit du Coeur »

Belgique—Contact : Jo Hubert

tel : onmousedown="SetCallButtonPressed(this, 1,0)" onmouseover="SetCallButton(this, 1,0);skype_active=CheckCallButton(this);" onmouseout="SetCallButton(this, 0,0);HideSkypeMenu();" context="0497/809 815" rtl="false" class="skype_tb_injection" id="__skype_highlight_id">0497/809 815

e-mail : johub2@gmail.com

Blog : http://johub.blogspot.com/


****

France—Contact : Jean-Marc Riquier

16, rue Pablo Picasso

58640 Varennes-Vauzelles—France

Site personnel : http://perso.wanadoo.fr/jean-marc.riquier/

mercredi 14 mai 2008

Le parcours de St Gilles



Ce premier week-end du parcours de St Gilles était très ensoleillé. Nous avons reçu plusieurs visiteurs qui ont ajouté leurs mots à nos mots, sur les bandelettes de tissu suspendues à un fil (!) dans la cour de Sandra et Gervasio.




De mon côté, j'expose deux réalisations avec des balles de ping-pong porteuses de mots :


On remet ça le prochain week-end !

vendredi 21 mars 2008

DENISE.

Mon amie et voisine Denise est morte. Même si elle n'était plus dans sa maison depuis plusieurs semaines, il me semblait que ses meubles et ses objets familiers continuaient à y vivre, retenant leur souffle dans l'espoir qu'elle revienne les regarder en évoquant des souvenirs, les caresser au passage. Son lit, qu'on avait descendu à la cuisine, gardait l'empreinte de son corps, prêt à l'accueillir en épousant les contours de ses muscles fatigués. Un livre ouvert sur la table frémissait en attendant qu'elle y pose les yeux.

Et puis, un mardi, il y a dix jours, Denise a laissé se détacher d'elle le fil ténu qui la reliait à sa réalité coutumière. Et, dans sa maison à côté de la mienne, j'ai senti que tout se figeait dans une incrédulité douloureuse. Plus jamais, plus jamais Denise. Plus jamais, Denise. L'encre prisonnière de son stylo ne connaîtra pas les courbes de son écriture, les dernières pages du livre ne recevront pas son regard attentif.

La péniche, que je regarde passer lentement sur le canal, de la fenêtre de ma chambre à coucher,
Denise ne la verra pas, elle ne saura pas le nom bizarre qui est peint sur sa proue, elle ne saura pas le drapeau qui flotte mollement sous la pluie. Nous ne partagerons plus les couchers de soleil transfigurant l'écran des fenêtres dans nos cuisines respectives. Je me sens orpheline, sans elle.

L'autre réalité, dans laquelle elle est plongée à tout jamais, dont, peut-être, elle était issue, m'est à présent inaccessible. Et elle ne viendra pas me dire, avec le demi-sourire/demi-soupir que je lui connaissais si bien : "Ah, Josiane !..." comme lorsqu'elle s'étonnait des métamorphoses que son corps traversait au fil de sa dernière maladie.

Considérations banales, sans doute, mais l'esprit du deuil est affaire commune...

jeudi 6 mars 2008

Une fiction politique :

Dommage collatéral.

C’est le jour où j’ai perdu mon petit bracelet d’or fin. Je le tenais de ma Baba et plusieurs générations de femmes de la famille l’avaient porté avant moi.

Quand je l'ai reçu, à quatre ans, il était trop grand et Maman avait fait des nœuds dans la chaînette pour qu’il ne glisse pas de mon poignet quand je courais dans les prairies avec les garçons et les filles du village.

Je ne le quittais jamais.

***

Les bombes tombaient à nouveau sur Belgrade, nous les entendions quelquefois, comme des grondements de tonnerre. Quand je restais à ma fenêtre, en proie à mes insomnies, je voyais les champs de maïs s’illuminer d’éclairs rouges et l’horizon au loin était trop clair même pour une nuit étoilée. Parfois, dans un grommellement sourd, la maison s’ébrouait comme au sortir d’un mauvais rêve.

Au petit déjeuner, mes parents, ma sœur et moi, nous plaignions les Belgradois qui ne pouvaient plus dormir que les nuits où il pleuvait, quand les avions ne sortaient pas.

Dans notre village, à trente-trois kilomètres de là, la guerre ne nous touchait qu’à travers l’absence des maris et des frères, les coupures de courant et l’arrivée de quelques femmes réfugiées avec leurs enfants. Et puis, au loin, les explosions.

***

La bombe. Personne ne l’a vue venir. Elle est tombée sur ma maison. J’ai cru que ma tête éclatait, que mon corps se désintégrait.

A mon réveil, à l’hôpital, j’ai réclamé mon bracelet mais personne ne m’écoutait. Ils couraient dans tous les sens et moi je pleurais en silence. Une infirmière s’est arrêtée et doucement m’a expliqué qu’on m’avait ôté mon bracelet avant de m’opérer. C’était tout ce qui me restait, mon bracelet. Je n’avais plus de maison, plus de sœur, plus de parents, plus de fenêtre où m’accouder les nuits où je ne dormais pas.

***

Le bracelet, on ne l’a jamais retrouvé. J’espère qu’un jour, quand je serai mariée, mon époux m’offrira un bracelet semblable, que je donnerai à ma fille, qui le donnera à la sienne…

…si un homme veut encore de moi.

Une femme sans bracelet !

Une femme sans bras droit !

Josiane HUBERT.